Yankov, du roman au théâtre

mercredi 1er mars 2017, par S. Dauteuil.

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Yankov… est un petit garçon que l’on rencontre dans un roman de Rachel Hausfater. Petite créature perdue, presque sans vie, absolument sans espoir à laquelle on s’attache profondément...
Mais comment présenter ce petit garçon sur la scène ? Dans toute la lumière ?
C’est un véritable tour de force que réalise Anne Barthel ! Quand elle entre en scène, on ne sait pas si l’on va y croire : une femme jouant un petit garçon rescapé des camps…

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Mais quelques minutes après, la magie opère : on voit sur scène Yankov, ce Yankov qu’Anne Barthel propose, plus agressif, plus fou que celui que Rachel Hausfater avait posé sur le papier. Mais bouleversant aussi.

1. Le jeu de la comédienne

  • Anne Barthel montre d’abord le désespoir, la détresse et le mal-être de Yankov. Sa voix est rocailleuse, grave, son visage fermé et grimaçant. Elle dit alors toute sa souffrance physique, le manque de tout, le non-espoir.
  • Peu à peu, le personnage avance vers plus de lumière, vers la lumière. Les habitudes de la vie quotidienne qu’il retrouve peu à peu, comme les repas, les douches, sont des petits pas vers le réapprentissage de la vie. On ne peut pas vraiment parler de vie, ni de survie mais d’un éloignement de la mort et de l’horreur.
  • Anne Barthel emplit de plus en plus la scène de sa présence, de ses déplacements parfois rapides, en tous sens, et parfois lents, désespérés. Elle montre ainsi les accès de joie de Yankov (par exemple lorsqu’il prend une douche alors qu’il n’en a pas pris depuis trois ans), ses accès de folie (quand il pense à ses proches morts dans le camp). Elle joue ce personnage avec le cœur et le corps, sans demi mesure, car on ne peut être que dans la démesure lorsqu’on parle de la Shoah tant on atteint l’horreur et l’indicible.

2. Les choix de représentation théâtrale

Marie-Véronique Raban, dans sa mise en scène, présente Yankov tel qu’elle se l’imagine après sa lecture du roman. Il oscille entre abattement et effervescence, entre fragilité et force, entre désespoir et colère, sans cesse dans les extrêmes, tandis que la représentation théâtrale permet d’intensifier les émotions transmises. Cela donne au personnage toute son ampleur. C’est aussi une façon de montrer à quel point ces enfants étaient perdus et s’étaient perdus, frôlant parfois la folie d’avoir trop souffert.

3. Le ressenti du spectateur

C’est une émotion puissante qui envahit le spectateur, une émotion vibrante, une émotion débordante. C’est bien au spectacle d’une réalité sans nom que l’on assiste, et à la dénonciation de l’horreur. Rachel Hausfater s’est inspirée de faits et d’anecdotes réels. On ne peut pas échapper à un sentiment de désespoir, d’absurdité, de révolte, qui peu à peu laisse place à l’espoir avec la renaissance de Yankov. Un texte qui met en scène l’atrocité pour qu’elle reste dans nos cœurs émus.

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